28/07/2008
Collège - II
Hubert… Blond, de taille moyenne, les yeux bleus. Il arrivait très tôt le matin, parce qu’il venait de loin, en bus. Moi, mon père me déposait avant d’aller travailler, très tôt aussi. Nous étions donc les deux premiers. On se retrouvait près d’une cabinet téléphonique près du collège, et on discutait ensemble, on blaguait. Il a vite remarqué que j’étais amoureuse de lui ; tout comme les autres enfants. Le pauvre, qu’est-ce qu’ils lui en ont fait baver avec ça. C’était comme d’attraper la peste pour lui. Je me le suis souvent reproché. Je l’aimais et je voulais son bien, mais rien qu’en l’aimant, je lui faisais du mal.
Bien qu’il ne partageait pas me sentiments, il était gentil avec moi. Bien sûr, devant les autres, il faisait comme eux. Mais dans ces petits moments où nous n’étions que tous les deux, nous pouvions discuter de tout et de rien, blaguer ensemble, être complices. Ces seules petites minutes suffisaient à me regonfler à bloc pour affronter tout le reste.
En cinquième, il a fait la plus jolie chose qu’on n’ait jamais faite pour moi. Certains verrons ça comme un acte pervers, méchant. Pour moi, c’est un énorme cadeau.
Christopher, son meilleur ami, était celui qui m’en faisait baver le plus de tous. Et un jour, lui et Hubert ont fait un pari, a priori stupide, mais qui m’a donné matière à être plus forte pendant bien longtemps.
Un mardi, au printemps, Hubert a agi différemment avec moi. Il me regardait souvent, me faisait des petites sourires, même devant les autres. En classe, il était venu s’asseoir à côté de moi. Et pendant la récréation du matin, nous avions beaucoup discuté tous les deux. Quelque chose dans ses yeux avait changé. Le midi, il s’est installé en face de moi à la cantine. Pendant le repas, il m’a fait du pied, tout en me regardant dans le fond des yeux, avec un petit sourire. Et après avoir mangé, plutôt que de retourner voir ses copains, il est resté près de moi.
Pendant toute cette journée, j’ai eu l’impression de voler. Et même si, le lendemain, à voir l’attitude d’Hubert, redevenu comme avant, et en écoutant les railleries de Christopher, qui avaient dédoublées, j’ai compris qu’il s’agissait d’un simple pari pour se moquer un peu plus de moi… Je reste très reconnaissante à Hubert, encore aujourd’hui, de m’avoir offert cette journée. Même si c’était faux, j’y avais cru, et c’était ça l’important. J’ai trouvé ça très beau. Une journée magnifique dans cette vie de merde qui était la mienne… Un jour pour tout oublier. Un jour, seulement.
17:27 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Collège - I
A 11 ans, je suis entrée au collège.
Si avec les autres enfants, ça n'avait jamais été la joie, au collège, ce fut pire que tout. J'étais comme un animal blessé et craintif. Les autres ont vite repéré ça, et ont fait de moi leur bouc émissaire. Ils ont eu vite fait de modifier mon nom pour en faire une injure, qu'ils me balançaient à longueur de temps, déformant leurs voix, leurs attitudes, pour ressembler à des handicapés mentaux.
Je ne pouvais pas répondre en classe, marcher dans la cour, être présente, tout simplement, sans que pleuvent les insultes. J'étais bien seule, au milieux de ces adolescents qui ne me comprenaient pas, et que je ne comprenais pas non plus. Ils me haïssaient. Et moi, j'avais peur d'eux.
Je me battais contre moi-même, pour ne pas pleurer. Pas devant eux. Et comme j’avais peur de ne plus m’arrêter si je commençais, alors, même seule, je ne pleurais pas. Je ne me l’autorisais pas.
J’avais quand même quelques amies, évidemment. Mais la plupart du temps, ma mère s’interposait dès que j’étais proche de quelqu’un.
Ces années ont passées avec une langueur incroyable. Aujourd’hui encore, j’ai du mal à me dire que cela n’a finalement duré que cinq années scolaires.
Et puis, comme j’étais fille d’ouvriers dans une école privée pour petits bourgeois, évidemment, j’étais même mal vue vis à vis des professeurs. Une professeur de Français me donnait le même surnom que mes petits camarades. La professeur de sport, un jour où les filles chahutaient, a demandé que l’on dénonce celles qui avaient fait du bruit dans les vestiaires. Les autres ont donné mon nom. J’étais toute seule, je ne parlais à personne, je vois mal comment j’aurais pu faire du chahut. Malgré tout, j’ai du aller changer de vêtements dehors ; devant toute ma classe, filles et garçons, hilares.
En troisième, au moment de choisir mon orientation, alors que j’avais de bonnes notes, mon professeur principal a convoqué mes parents pour leur expliquer que je ne pouvais pas passer un bac, que je n’y arriverais pas, que ça serait du temps de perdu. Un BEP serait bien plus dans mes capacités. Mes parents ont suivi les conseils d’une personne qualifiée. Si j’ai été inscrite pour faire un baccalauréat, c’est simplement parce que le directeur du lycée où mes parents m’avaient inscrite pour un BEP carrières sanitaires et sociales avait voulu mettre une option pour moi en bac SMS, au cas où. Mon bac, je l’ai eu, finalement. Avec mention, et sans difficulté.
15:17 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
27/07/2008
Je t'aime, pépé
Un de mes souvenirs d'enfance qui m'obsède encore aujourd'hui en cauchemars.
C'était l'été. J'étais chez mes grands-parents pour le week-end. Toujours pour les timbres. Le soir arrive, les films passent. Tout le monde va se coucher. Sauf moi et lui. Il sort la boite à chaussures. Je pars aux toilettes. Quand je reviens, il se lève, s'approche de moi. Tout près. Nos vêtements peuvent presque se toucher.
Il lève sa main vers mon visage. Me prend par la mâchoire, la soulève, pour me faire lever la tête vers lui. Je le regarde. Il me fixe dans les yeux, je détourne le regard, mais il fait de petites secousses qui me font comprendre qu'il veut que je le regarde aussi.
Et pour la première fois dans ses moments-là, il parle.
"Dis moi "je t'aime".
Le sol s'ouvre sous moi. Je lutte pour ne pas tomber car je sens mes jambes comme changées en coton. J'essaie de détourner le regard, mais la simple petite secousse suffit à me faire obéir à un ordre même pas prononcé. Je le regarde de nouveau. Je suis tétanisée. Sueur froide. Je ne peux plus bouger, je ne peux plus parler. Le seul fait de le regarder provoque une douleur intense.
"Allez. Dis moi "je t'aime, pépé".
Je n'avais jamais prononcé le mot "pépé" de ma vie. Pour m'adresser à lui, je disais "papy", malgré la gêne que cela m'occasionnait. Mais je m'arrangeais assez bien pour n'avoir que rarement à m'adresser à lui.
Quand il a serré ma mâchoire un peu plus fort, puis un peu plus fort encore, j'ai fini par le dire. J'avais 9 ans, et n'avais jamais dit "je t'aime" à personne.
Alors, il a approché son visage de ma figure. Nos lèvres se sont touchées. J'ai senti sa langue entrer dans ma bouche. Chaude et gluante. J'ai eu un haut-le-cœur.
Il a fini par me lâcher. Il m'a fait venir s'asseoir près de lui. Et nous avons continué de classer les timbres, comme si de rien n'était...
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26/07/2008
Timbres
Pour passer le temps, un jour, m'est venue une idée, j'ignore comment. Je me suis mise à découper les timbres des enveloppes, que je collectionnais dans un classeur. J'ai vite demandé à tout le monde dans mon entourage de me garder les enveloppes avec des timbres "originaux". Cela m'amusait beaucoup.
C'était une erreur. Une tragique erreur. J'ignorais que mon grand-père était atteint de philatélie... Et que depuis son adolescence, il avait gardé tous les timbres qu'il avait pu trouver.
Ce fut du pain béni quand il a appris que je les collectionnais moi aussi... il a proposé à mes parents de me laisser chez lui certains week-ends, il avait des boites à chaussures entières de timbres qu'il avait en double, il voulait me les donner, et qu'on les classe ensemble. J'ai essayé de dire à mes parents que je ne voulais pas y aller, un peu plus tard, dans la voiture. Mais même cette petite chose-là ne m'appartenait pas. Ils avaient décidé que ce qui était une occupation pour moi était devenu une passion, et ont géré le temps que j'y consacrais à ma place.
Alors, une semaine plus tard, je me retrouvais à aller dormir là-bas. Au programme de la soirée, d'abord, deux films de guerre. Ensuite, une fois tout le monde couché, il a été chercher une boite en carton.
Rien n'était organisé. Il fallait tout sortir, regrouper les pays, les dates, essayer de retrouver des séries. C'était moi qui faisait ça seule. Lui était assis à côté de moi, dans le fauteuil, et me regardait faire.
Au bout d’un moment, il a posé sa main sur ma cuisse. Il est resté comme ça, immobile, pendant quelques minutes. Moi je me sentais de nouveau mal à l’aise, comme l’autre fois dans la cuisine. Ensuite, il s’est mis à caresser ma jambe. Très progressivement, sa main est remontée, jusqu’à toucher mon entre-jambe. Il a doucement écarté mes jambes que j’avais serrées. Je n’ai pas cherché à résister, je me suis laissé faire. Il m’a fait m’asseoir dans le fond du fauteuil. Et il s’est mis à caresser mon sexe de petite fille, longuement.
A l’intérieur de moi, tout explosait, brûlait, s’écroulait. Je savais ce qui se passait, mais je ne comprenais pas pourquoi. Ce n’était pas normal.
Et, comme la fois précédente, ce lourd silence. Je crois que j’aurais préféré qu’il me menace de me taire, qu’il m’explique qu’il ne fallait en parler à personne. Il devait être sûr de lui, et bien me connaître, parce qu’il n’a rien fait de tout ça. Et je n’ai osé en parler à personne.
J’étais terrorisée. Je tremblais à l’idée que quelqu’un l’apprenne. Qu’est-ce qu’on penserait de moi ? Je n’avais pas été capable de parler. Je ne lui avais pas dit non, je n’avais pas résisté. Et si on disait que c’était de ma faute, alors, puisque je n’avais rien dit, rien fait ?
Pourtant, je voulais que mes parents sachent. Ça m’aurait évité d’avoir à retourner là-bas, même si je me disais que j’allais être sévèrement punie pour ce que j’avais fait. Mais si on ne me croyait pas ? Mon grand-père dirait que j’ai tout inventé, c’était certain. Moi, j’étais l’enfant, et lui, l’adulte. C’est sa parole à lui qui serait considérée comme la vérité.
Et puis, ça allait beaucoup contrarier maman. Papa m’avait dit, l’autre jour, qu’elle était très malade, et qu’il fallait être bien sage et faire tout ce qu’elle disait. Qu’il comptait sur moi. Et moi, je n’avais pas été sage.
Alors, j’ai pris la décision la plus grave de toute ma vie. J’ai décidé de ne parler de ce qui s’était passé à personne. Après tout, une fois tous les timbres rangés, je n’aurais plus à aller dormir là-bas le week-end. Et il me suffirait par la suite d’être vigilante, de ne pas me retrouver seule avec lui.
J’ai gardé ma vérité. Et je suis retournée là-bas le week-end suivant.
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25/07/2008
Des cailloux dans les poches
Quand je me suis fait des copines, ça a été vu d’un mauvais œil à la maison. Pourtant, des copines, je n’en avais pas beaucoup. Ma maîtresse se plaignait de me voir pendant toutes les récréations trier des cailloux dans la cour de l’école. Cela m’a valu ma première consultation avec un psychologue. Moi, je me fichais que l’on me dise que ce n’était pas normal, qu’il fallait jouer avec les autres enfants.
D’ailleurs, ils étaient méchants avec moi. Dès la maternelle. Je revois encore Claudie faire tourner sa corde à sauter en face de moi, s’approcher pour me frapper, et moi, coincée contre un mur.
Alors, pour me consoler, je cherchais mon petit frère. Mes parents m’avaient expliqué que pour faire pousser les bébés, on plante des cailloux dans le ventre de la maman. Caillou bleu pour un garçon, rose pour une fille. Ce qui était bien dans tout ça, c’est que la cour de l’école était remplie de cailloux bleus. Le soir, je ramenais des poignées de cailloux à la maison. Ma mère les inspectait : encore raté, aucun n’était le bon. Il faudrait recommencer le lendemain.
Pour avoir un grand frère, c’était trop tard, je le savais. Alors, si j’avais un petit frère, il finirait par devenir grand et fort, avec le temps. Ainsi, il pourrait me protéger contre les autres enfants à l’école. Et puis, comme il serait tout le temps avec moi, devant lui, mon grand-père ne me toucherait plus. En plus de ça, ça ferait deux enfants pour maman ; donc elle ne serait plus tout le temps sur mon dos, on pourrait se la partager. Bref, j’avais tout intérêt à le trouver, ce petit cailloux-à-bébé. Mon frère était quelque part, sous mon nez, et je n’étais pas fichue de le trouver. Je suis restée enfant unique.
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